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NOUVELLE

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 Hé passes ! Espèce de pignoufle ! Tu as raison tu arriveras plus tôt… au cimetière ! Taré va ! Et cette caisse qui n'avance pas, il va falloir que je songe à la changer ne serait-ce que pour le confort, parce que faire 70 kms aller-retour rien que pour le boulot, ça va un temps, après ça lasse. Et lui c'est pas un rigolo regardes, regardes-moi ce parigot  de m… Aller dégages, mais dégages ensuqué ! Ce matin je suis  à la bourre ! Ca fait  deux ans que ca dure Depuis l'année de ma rencontre avec Odile, la femme de ma vie, je vis sur les nerfs. Mais ce n'est pas de sa faute, après tout c'est moi qui ai prit la décision de monter à Paris  pour la rejoindre, ne pouvant plus me passer d'elle, j'ai demandé ma mutation d'instituteur. De son côté, le poste qu'elle occupe depuis près de huit ans lui convient très  bien, elle envisage même de prendre du grade. Vous avez de l'avenir dans la police mademoiselle ! Lui  a-t-on dit! Alors évidement, ça coulait de source comme on dit en Provence, c'est moi qui l'ai suivi. Et ca fait deux ans que ça dure! Ils avaient raison mes copains, quand je leur ai dit que je m'installais à Paris avec Odile, ils ont ri  en me disant que je ne tiendrais pas longtemps, ils me disaient, là-bas,c'est des fous, tu vas te prendre la tête tous les jours que le Bon-dieu fera avec ta bagnole! Moi je les laissais dire, du moment que j'étais avec Odile le reste …Je prendrais le métro !  c'était mon seul argument, mais le métro… Encore faut-il qu'il ne soit pas en grève. Après quelques expériences malheureuses pour mes nerfs  j'avais opté pour la voiture, qui me rendait plus autonome, et  je préfère la compagnie de ma radio en solitaire que celle de zombis constipésLà par contre, ça ne m'a pas beaucoup changé, le parking payant, le parc-mètre, les amendes, c'est la même chose ! Je suis presque sur que même sur Mars, j'en trouve des horodateurs. Et dire qu'Odile est dans la police ! Un comble pour un marseillais comme moi, de la Belle de Mai ! Ah p… l'amour, ça te fait faire n'importe quoi ! Et ce soir c'est  re-belote ! D'ailleurs le soir quand je rentre vers 20 heures, c'est bien simple, j'entends rien, je vois rien, je sens plus rien, juste mon sang qui va et qui vient dans mon corps comme une grande rivière prête à déborder tellement j'ai les nerfs, alors je fais un effort, pour Odile, ma petite fleur des champs préférée, ma petite vague du Prophète, mon petit pin qui sent bon la résine, sous lequel je me protège du soleil quand il fait trop chaud. Et bien là, ce soir, justement, il a fait chaud, trop chaud. J'ai de plus en plus de mal à supporter cette fourmilière humaine qui grouille de tout coté et j'ai épuisé au volant tous les noms d'oiseaux de Marseille ! Même le pastis que me sert Odile ce soir avec amour ne me désaltère plus. Il faut vraiment que je lui parle. Il faut que je lui avoue mon mal du pays, de ma ville, de mon quartier, imposé par la force des choses, le sevrage radical des senteurs d'iode qui me titillaient les narines les soirs d'été sur la Corniche, de la Bonne-Mère que je sentais tout  prés de moi quand j'avais le moral à zéro. Dédé, le patron du bar de mon quartier, qui connaît ma vie par cœur,les magasins de la rue de Rome dont les vitrines prennent les couleurs de l'arc-en-ciel dès les beaux jours, la rue Paradis qui n'en finit pas de s'allonger tellement elle est longue, le cours Lieutaud, avec ses bolides de rêve, et la Canebière, gouaillante, jamais rassasiée des rires des minots qui s'interpellent d'un trottoir à l'autre, d'odeurs de frites, de coquillages et de blagues marseillaises, ah ! Cette Canebière ! on dirait quelle est prête à piquer une tête dans le Vieux Port qui lui, d'un air fier, brandit comme en un seul  drapeau  les voiles solides des  bateaux accostés. Oui, il faut que je lui dise tout ça à Odile. Bien-sûr, tout ça elle l'a déjà vu, mais moi, c'est  pas pareil je l'ai vécu dans mon cœur depuis tout petit, la différence elle est là ! Et je m'en fout si je passe à ses yeux pour un pauvre couillon sans caractère, un plein de bouche, un gamin, ça prouve au moins que je suis un vrai marseillais, un dur au cœur tendre! 

 Mais il faut choisir le bon moment avec les femmes, et Odile ne déroge pas à la règle, et ce soir je sens que c'est le bon moment. A la fin de mon deuxième pastis, un peu tassé je l'avoue, pour me donner du courage, je m'enhardis et je lui lance tout de go, «Quelques jours de vacances chez mes parents à Pâques nous feraient le plus grand bien tu ne crois pas ma chérie ?

 Je me sens un peu tendu depuis quelques temps et puis tu n'as pas tout vu de Marseille, de la Provence. Tiens! par exemple je ne t'ai jamais amené dans les calanques, le Lubéron… »  Et là, une fois de plus je lui raconte,  volubile ma Provence. En une seule phrase, Odile me remplit de joie, avec un grand sourire je l'entends me dire.  « Toi mon chéri tu as le mal du pays ! Je suis d'accord, demain je poserais mes congés » Le but est atteint !  Enfin presque, parce que  bon marseillais que je suis, je lui propose, en attendant  les vacances scolaires de Pâques, un long week-end en amoureux.  Nous partirions le vendredi soir en TGV, une fois sur place, on prendrait la voiture de mes parents pour faire un petit périple découverte, en amoureux ? » Aucune femme ne reste insensible à une proposition pareille, surtout Odile. Le jour J,  je suis comme un minot à qui on a promis une surprise. Le trajet retour du travail est devenu un plaisir, je trouve même les autres automobilistes presque gentils, et les feux rouges me remplissent d'allégresse, je peux à loisir m'imaginer, les doigts de pieds en éventail, les yeux mi-clos, le pastis à la main, et l'ouie aux aguets guettant le chant des oiseaux. Bien-sûr ! vous allez me dire qu'à Paris des oiseaux, il y en aussi ! Mais moi je trouve  qu'ils chantent  faux ! Seul le tintamarre des klaxons impatients derrière moi réussit  à me  faire sortir de cette béatitude.En deux temps trois mouvements, nous voilà dans le TGV. Je compte les heures qui me séparent de ma Provence chérie.  Aller, plus que 10 mns et nous entrons en Gare St Charles. Ah le soleil de Marseille ! A Paris il passe son temps à se cacher derrière les nuages, il fait des caprices toutes les cinq minutes, à Marseille il n'y a que les minots et les femmes qui ont le droit de faire des caprices. Le soleil  de Marseille lui,  j'ai toujours l'impression qu'il me fait de l'œil, comme pour me dire « Aller petit, profites, régales-toi » J'aperçois mes parents sur le quai, ils ont toujours le sourire aux lèvres, c'est sûrement l'air de la ville. Ma mère aux petits soins, « Alors mes chéris vous avez fait bon voyage ? Odile tu n'es pas trop fatiguée ? Mon père « Odile donnes-moi les bagages, tu va teruiner le dos avec cette valise ! » « Et voilà ! Ma chérie ! dis-je à Odile à partir de cette minute, nous n'aurons qu'une chose à penser, prendre du bon temps ! » Tous les quatre, bien installés dans la voiture de mon père qui tient absolument à conduire, je me tourne vers ma mère, pour sortir la phrase magique qui là remplit de bonheur.  « Qu'est ce qu'on mange ce soir ? » Odile n'apprécie pas trop et me regarde du coin de l'œil. Ma mère avec un large sourire gourmand me répond, « Le plat que tu préfères, la soupe au pistou ! » Et puis plus rien, le silence. Mais pas le silence qui nous fait redouter le pire, non. Celui qui en dit long,  celui qu'on voudrait éternel, celui qui n'a pas besoin d'explication. Je fixe mon père quelques secondes, je suis sûr qu'il pense déjà à la partie de pêche qu'on va se faire et à la  raclée que je vais lui mettre aux boules. Dans le rétroviseur, je peux voir ma mère, tout prêt d'Odile à l'arrière, elle a gardé un petit sourire en coin, ses yeux pétillent, on dirait qu'elle a retrouvé ses trente ans. C'est un peu ça en quelque sorte, elle va pouvoir gâter son fiston comme avant, avant Odile. Odile qui avait su s'accommoder de nos blagues un peu triviales, de nos repas de famille sans chichis, de nos gueulantes sans grandes conséquences, parce-que à Marseille, on a le verbe haut, la voix qui porte et l'accent qui chante même quand il gronde. Odile a vraiment trouvé une deuxième famille auprès de mes parents, et mes parents ont trouvé la fille qu'ils n'ont jamais pu avoir. Enfin, nous voilà arrivés dans mon quartier   la Belle de Mai. Mes parents y étaient nés, et n'avaient pu se résoudre à quitter  le quartier. Trop d'habitudes et de souvenirs dont ils n'avaient pu se défaire, les avaient tout naturellement amené à faire l'acquisition d'une superbe maison de ville sur la place Bernard Cadenat. Mes parents avaient mis quelques années pour transformer cette vieille bicoque en un havre de paix ou j'aimais lors de mes visites, me ressourcer sans retenue. Les rideaux n'étaient pas toujours à mon goût, mais du moment que mes  parents s'y sentaient bien, cela me rassurait, surtout après mon départ pour Paris. A peine arrivé,  je pénètre respectueusement dans le jardin comme dans un lieu saint. En cette fin de  mars, la végétation entre deux saisons, semble nous promettre le Jardin d'Eden, je suis aux anges, et comme mes pensées me l'avaient prédit, je me surprends, les pieds en éventails, le pastis à la main, les  yeux mi-clos. Une seul chose peut me faire sortir de ma plénitude, l'odeur de cuisine. Odile s'active  avec ma mère pour mettre table, mon père sort la canne à pêche du débarras. C'est à croire qu'elle ne voit le jour que lors de mes visites trop rares.Tous les quatre, dans un calme presque solennel, nous nous régalons de ce plat typiquement provençal, la soupe au pistou. Les recettes varient d'une famille à l'autre  le basilic, l'ail, parmesan ou pas, pâtes ou sans pâtes, il reste mon plat favori accompagné d'un bon rosé de nos vignes et le tour est joué, les langues se délient, les yeux brillent, les souvenirs cents fois racontés nous font rire une fois de plus. La voix de mon père semble comme habitée par une étrange émotion qu'il essaye de masquer en exagérant son accent ensoleillé du midi. Je sens bien à cet instant, qu'il est heureux de  nous voir réunis. « Je suis gavé comme une oie » dis-je en vidant le fond de mon verre. Demain comme promis, Odile et moi allons aux Baux-de-Provence, mais pour l'heure, il est temps d'aller se coucher. Ce soir  je m'endors en pensant à la journée de demain que je sais d'avance gravée dans mon cœur pour toujours. L'odeur du café chatouille mes narines. Odile déjà levée, m'accueille par un baiser, ma Mère, inquiète pour ma ligne, me sert deux grandes tartines de miel de Provence et un grand bol de café. « Fan de chine, je ne risque pas de mourir de faim » dis-je en éclatant de rire. Mon père dans le garage, vérifie la voiture, eau, huile, etc… Il est à deux doigts de lui faire passer un contrôle technique. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, nous voilà partis, direction l'Autoroute du Soleil. Nous prendrons le chemin des écoliers au retour comme des amoureux, mais pour l'heure je n'ai qu'une hâte, faire découvrir à Odile le cœur des Alpilles, avec ses paysages aux senteurs de lavande et de thym. Les Baux de Provence ! L'un des plus beaux villages de France,Très visité par les touristes du monde entier en saison estivale.Toute la matinée, tenant par la main ma bien-aimée, nous flânons au travers des ruelles pleines d'histoire et de ses habitants ravis de croiser un couple d'amoureux. Odile silencieuse, se laisse porter tout doucement par ce moment presque magique que lui offre généreusement la nature aux allures de carte postale revisitée tant de fois par quelques peintres connus. Ces yeux  restent émerveillés devant le musée d'histoire des Baux qui nous ramène aux sources d'une Provence parfois oubliée.  Mais les balades ça creuse… même les amoureux !L'odeur de cuisine d'un restaurant installé en plein cœur du village réveille nos papilles. En bon marseillais, je conseille à Odile les aubergines à la parmesane. C'est le Paradis sur Terre ! Je ne veux surtout pas perdre une seconde de cette journée et j'entraîne ma belle au plushaut des Alpilles. Arrivés tout en haut, le souffle court mais heureux, allongés dans l'herbe, je ne dis rien. Ma main dans celle de ma bien aimée,  je respire profondément afin de remplir mes narines de toutes ses senteurs de garrigue.  Les yeux grands  ouverts sur le bleu du ciel, je peux voir quelques nuages  nous offrir un spectacle digne d'un kaléidoscope aux formes aussi Inattendues qu'étranges. Je me tourne vers  Odile, que le vent léger décoiffe à souhait et qui la fait ressembler à une petite sauvageonne, elle ferme les yeux, le soleil vient de lui faire un clin d'œil, elle me sourit tendrement

Chut… c'est l'heure de la sieste… marseillaise bien-sûr ! De retour chez mes parents à l'heure de l'apéro, tandis qu'Odile  raconte notre journée à ma mère, mais pas tout, que mon père gare la voiture tout en la lorgnant sous toutes les coutures, j'en profite pour reprendre mes vieilles bonnes habitudes de garçon et m'éclipse pour rendre une petite visite chez mon confident Dédé, je vais à la chapelle comme on dit chez nous ! Dés que je pénètre dans le bar je me retrouve presque comme en famille. J'y ai mes habitudes, mes places selon mon humeur.  J'ai remarqué trois points stratégiques dans un bar, le premier c'est le coin de table en fond de salle face à l'entrée. Là,  tu as une vue d'ensemble, tu peux discrètement voir en un coup d'œil qui rentre et sort tout en étant en retrait, ce coin là veut dire  « J'ai besoin d'être seul » et personne ne vient te casser les pieds. Le deuxième c'est le centre, entre table et comptoir. C'est là où tu peux faire ton show sans avoir l'air d'un couillon. Les clients restent attentifs, presque en haleine, suspendus à tes commentaires, à condition bien sur que tu ais quelque chose à dire de nouveau, et si tu as plu à ton auditoire, chacun remet la sienne.Tu as soudain le sentiment d'être compris par la Terre entière. Le troisième point stratégique, c'est le bout du comptoir. Le bout ou le patron a son tabouret sans âge, sa radio en fond sonore, son cendrier et son journal tellement manipulé qu'il finit en fin de journée par ressembler à celui de la semaine dernière. Ce bout de comptoir, vers lequel tu vas, comme si tu voulais dire au patron « Viens, j'ai des choses importantes à te dire qui ne regardent personne » Oui, ce soir en rentrant chez Dédé, c'est tout ça que je veux retrouver, un pastis à la main, un anchois de l'autre, entre table et comptoir je fais mon show,  parce que j'en ai des choses à dire sur ses couillons de Parisiens. Ce matin une nouvelle journée nous attend. Odile est resplendissante. Dans sa robe à fleurs,  et avec l'eau de toilette à la lavande empruntée à ma mère, elle a presque l'air d'une petite provençale. Je décide de l'emmener déguster des oursins à Callelongue, les coquillages, c'est mon péché mignon. Le soleil  au rendez-vous, mais pas encore assez chaud en cette saison, je conseille à Odile de prendre une petite veste et nous partons. Au fur et à mesure que nous nous rapprochons de la mer, je sens se coller à moi le sel et les parfums d'iode que l'air léger nous renvoie. Nous dépassons la Baie des Singes, face à nous, la mer, avec ses petits moutons blancs d'écumes qui ont l'air de nous inciter à les admirer d'un peu plus près. Le temps de trouver une place pour la voiture et nous voilà partis à la rencontre de ce petit paradis marin. Callelongue, un encrage pour petits bateaux  qui portent comme des tatouages indélébiles des noms de femmes aimées par des propriétaires peut-être inconsolables qui n'attendent qu'une chose, glisser sur l'eau. Odile ramasse quelques galets aux formes bizarres. Préférant m'asseoir face aux vagues, je contemple une mouette qui prend son envol. Et soudain ! Une irrésistible envie monte en moi, une envie de gamin, goûter l'eau. D'un geste presque enfantin, je me déchausse. Invitant Odile à en faire autant, je gambade dans les vagues venues mourir sur les galets, le soleil dans les yeux, les lèvres séchées par le sel marin, Comme des enfants, nous nous jetons l'eau au visage à tour de rôle, en riant et en poussant des cris de minots. Pour un instant, je suis redevenu  un enfant, et comme tous les enfants, à cet instant là, je ne sais faire qu'une chose, profiter de l'instant de bonheur que la vie m'accorde comme une récompense bien méritée. On est seuls au monde, enfin pas tout à fait, les passants que nous avions occulté jusque là amusés par notre attitude nous ramènent vite à la réalité. Un peu hagards et pouffant de rire,  dans les bras l'un de l'autre, nous nous dirigeons vers le restaurant le plus proche pour déguster des fruits de mer. Et là ! Je  connais plus personne! J'en mangerais sur la tête d'un pouilleux, moules, huîtres, bulots, oursins, violets et j'en passe. Au début du repas, Odile chipote, fait des manières, couteau, fourchette, serviette, et va que je m'essuie la bouche avant, après, pendant. Puis, vers le milieu du repas, l'air de la mer et le vin blanc aidant sans doute, je me retrouve en face d'une vraie marseillaise. La serviette en bataille, le rire facile, le verbe haut, je vois Odile  plonger  ses doigts sans complexe dans le plateau de coquillages grappillant par ci par là les derniers crustacés se croyant épargnés. Quel plaisir de la voir faire ! Sauf  que maintenant, c'est un vrai moulin à paroles, je lui propose de prendre le café à Cassis, direction la calanque de Sugiton.Odile a reprit ses esprits, un peu d'escalade nous attend.  Les calanques, il faut les mériter !Après avoir crapahuté de rocher en rocher, nous voilà en admiration devant le rocher Appeler le torpilleur à cause de sa forme. Le vent pointe son nez, j'en profite pour serrer Odile contre moi, histoire de lui tenir chaud. Le paysage est grandiose, la mer n'en finit pas, le ciel non plus d'ailleurs.Et quand je regarde autour de moi, je me sens petit, insignifiant, humble devant tant de beauté naturelle. Plus rien n'a d'importance à mes yeux, rien, rien que Odile et moi. Un moment magique, un mélange d'amour et de bien-être m'envahit, je serre mon amour très fort contre moi.  Le temps s'est arrêté. Nous restons là, assis, serrés l'un contre l'autre, n'osant plus bouger ni parler. Il n'y a rien à dire, juste à admirer la nature, respirer l'odeur des pins, écouter les vagues en colère  battre inlassablement les rochers gigantesques qui se dressent devant elles, majestueux comme des barricades invincibles. La journée s'achève comme elle avait commencé, pleine de promesses. Le soleil tombe de sommeil, j'assiste muet à son coucher, et comme pour nous remercier de notre visite, il offre à nos yeux émerveillés une palette riche de couleurs mordorées, qui donne à l'immensité de la mer une image presque  irréelle. Ce matin, un tintamarre infernal vient jusqu'à mes oreilles. Mon père, pour cette dernière journée de vacances, tient absolument à sa partie de pêche. Il astique, répare, contrôle. Sa hantise ? oublier quelque chose ! A plusieurs reprises, il fait et défait les sacs pour vérifier si tout y est. Enfin, nous voilà  « enquillés » dans la voiture. Ma mère, cramponnée à son panier de  pique-nique, boit comme du petit lait les paroles d'Odile qui lui fait un compte-rendu détaillé  de notre journée d'hier. Moi, encore à moitié endormi, je me laisse porter par le ronron du moteur. Mon père tente d'engager la conversation : « Il y a longtemps que je ne suis pas retourné à l'Etang de la Bonde » . Alors pour ne pas le vexer, j'entre dans la conversation. « Il est toujours difficile d'accès ? » « Toujours, mais ça fait partie du plaisir de la pêche fiston!Quelques 200 m à pieds ! tu vas pas en mourir ! »  Moi à ce moment précis, je ne pense qu'à une chose, dormir!  Et nous voilà partis pour une longue promenade en voiture. Nous dépassons  Pourrières, Puit-de-Rians, le Canal de Provence. Ha ! voilà le Pont Mirabeau pour nous aider à traverser la Durance. On arrive à la Tour d'Aigues, porte du Lubéron et enfin l'Etang de la Bonde, le plus grand plan d'eau du parc naturel du lubéron. On dirait que le lac étreint amoureusement la végétation alentour  Mon père, tout guilleret, nous trouve un petit coin au bord de l'étang. Odile installe un plaid sur l'herbe déjà très verte, mais les sauterelles l'effraient un peu. Cela fait rire ma mère qui nous sert un café chaud comme pour s'excuser de nous avoir fait lever un peu trop tôt, car il est 8 heures du matin, mais bon, je lui pardonne. Cela nous permet de pouvoir profiter les uns des autres un peu plus longtemps. La canne à pêche de mon père lui fait des misères, le fil s'embrouille et je m'amuse à le voir se dépatouiller tout seul en ronchonnant. Odile, allongée sur le plaid, a les yeux fixés dans la cime d'un arbre. Elle observe un oiseau qui prépare son nid, sans même s'en rendre compte elle sourit dans le vide, comme un nourrisson repu du lait de sa mère, , tu vas voir quelle va finir par en tomber amoureuse de ma Provence. Tout en remontant un peu la robe d'Odile jusqu' à mi-cuisses, ma mère lui fait remarquer  la blancheur de sa peau. « Il va falloir bronzer un peu ma petite, on te dirait une malade. Il est vrai qu'à Marseille, si tu n'as pas des couleurs dès les premiers rayons de soleil, on croit que tu es à l'article de la mort.Mais attention ! Quand le soleil te brûle le gosier rien qu'en disant bonjour, je te jure qu'il vaut mieux ne pas être dessous, parce que tu grilles comme une cacahouète. L'air encore frais du matin commence à me revigorer, je pars seul à la recherche  de mes souvenirs prétextant une envie pressante, à peine parti, j'entend  ma mère me crier au loin, « Tu as pris du papier » Ho bonne-mère ! Et oui ! C'est ça aussi la Provence! Sans fard, sans chichi, nature quoi ! La rosée du matin me glace les pieds, je longe l'étang.L'humidité de la campagne fait remonter à la sur face des souvenirs que je croyais perdus à jamais. Des effluves d'herbe et de bois mouillé, me ramènent quelques années en arrière. A l'époque ou je plongeais allègrement  dans l'étang pour essayer d'y  pêcher quelques poissons, toujours plus rapides que moi. Jusqu'au jour ou mon père m'offrit ma première canne à pêche avec un moulinet, comme les grands. Cela me rappelle qu'il faut que je retourne vers lui, il  doit s'impatienter. A te voilà enfin, tiens, elle est prête ! » Il me tend l'instrument qui va nous permettre de?mesurer notre habileté réciproque, mais surtout de pouvoir, assis côte à côte, se raconter un peu, toujours avec pudeur.

On à peut-être une grande gueule nous, les Provençaux, il n'en reste pas moins que nos  sentiments, ont les déballent pas à tort et à travers.  Et puis on s'en fout, notre cœur est encore plus grand que notre gueule, c'est pour dire! Odile, elle, l'a bien compris, Ha ! si seulement elle pouvait ne plus se passer du soleil, de la mer, de la soupe au pistou, si seulement elle…Mais je m'égare dans mes pensées…Voilà mon père qui brandit sa canne « Ho papa, arrête de gesticuler comme ça, tu vas finir par rendre le poisson au lac et toi avec ! » Odile applaudit, ma mère rit à s'étouffer, le bonheur quoi ! Odile Comme toujours, on mange chacun pour quatre, il faut dire qu'avec l'anchoïade que ma mère a préparé,  on n'a jamais fini d'être rassasié tellement c'est bon, tous ses légumes crus colorés, disposés astucieusement, on dirait presque un tableau de maître. Mais  pour digérer tous ça, il faut marcher. C'est l'excuse que je trouve pour m'isoler une heure ou deux avec Odile, pendant que mes parents en  profitent pour faire la sacro-sainte sieste. Toujours en amoureux  mais en voiture cette fois, nous roulons en direction de la Tour d'Aigues, magnifiquement décorée de têtes d'empereurs romains. Le musée du XVIII siècle, qui abrite les plus belles faïences aux couleurs camaïeu, est pour nous un plaisir des yeux. Odile ne sait plus ou poser leregard, je la sens comme captivée, presque happée. Je décide alors de poursuivre notre promenade jusqu'à la commune d'Ansouis. Je l'entraîne visiter le musée Mazoyer, un vrai joyau de la Provence.

La fraîcheur de ses voûtes moyenâgeuses nous procure un moment de répit, tout en nous imposant le plus grand respect pour le travail nos  ancêtres. Le besoin d'une petite halte, se fait sentir. J'ai bien envie d'une glace et d'un verre d'eau  fraîche. Odile ne me contrarie pas et la terrasse du café  du village fait très bien l'affaire. Il faut penser à rebrousser chemin, je retrouve mes  parents endormis sur le plaid que je trouve un peu désordonné et la jupe de ma mère un peu froissée à mon goût, j'ai le sentiment qu'ils sont repartis pour 30 ans tellement leurs yeux brillent, et là, ce n'est pas à cause du soleil  ! Mais par respect, je me retiens de leur lancer une plaisanterie grivoise, une bonne ! de Marseille ! Chez nous,  il n'y a pas d'heure, il y a simplement le ciel, le soleil, la mer et rien que ça ! Ca nous inspire l'amour jusqu'à notre dernier souffle. Odile à prit enfin des couleurs de vraie fille du pays. Moi je me suis ressourcé pourquelques semaines. Quant à mes parents, à peine sur le quai de la gare pour accompagner notre retour chez les stressés du métro, boulot, dodo, ils attendent déjà notre retour, définitif celui là ! Car dans le train qui nous ramène à Paris, Odile, plus amoureuse que jamais se serre contre moi pour me glisser à l'oreille. « Tu sais je me sens bien plus dans ta Provence, et je m'y sens plus belle que partout ailleurs ! » La femme de ma vie n'a  pu résister au charme envoûtant de la Provence si chère à Pagnol.  Mon but est atteint ! Car ce que Marseillais veut, Dieu le veut !

 

FIN
Posté le 08/06/2007 | 44 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article

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